Entretien avec Micheline Tissier

En ce weekend d’automne, notre club a eu la chance de pouvoir recevoir Micheline Tissier Senseï dans notre Dojo de Courtisols, pour un cours exceptionnel de deux heures, en toute bienveillance.

A la demande de plusieurs futurs (nous l’espérons !) premiers Dan, c’est donc Shiho nage qui fut à l’honneur, la technique étant au programme du Shodan. Travaillée autant en Omote qu’en Ura, l’accent fût mis dans un premier temps sur les saisies : en Katate dori (saisie du poignet symétrique), en Aï hammi (saisie du poignet asymétrique) ainsi qu’en Katate ryote dori (saisie du poignet à deux mains).
Le travail sur Shiho nage nous a également permis de s’exercer au Tenkan (pivot) avant d’enchaîner sur Irimi nage en passant par Ikkyo Ura.

Micheline Tissier © AAC

Mais après l’effort, le réconfort bien sûr, et c’est autour d’un buffet que Micheline Tissier Senseï a eu la gentillesse de répondre à quelques-unes de nos questions.

Ce soir, nous n’avons pas utilisé le bokken, le jo ou le tanto. Est-ce que vous incluez habituellement les armes dans votre pratique ?

Bien sûr ! Mais à l’Aikikai, où j’ai débuté lorsque j’avais quinze ans, il n’y a pas d’enseignement des armes. Du coup, pendant des années, je n’ai pas travaillé les armes, et j’ai seulement commencé à le faire lorsque nous sommes rentrés en France avec Christian (Tissier, NDLR). J’ai alors découvert à ce moment-là que l’aïkido pouvait se pratiquer avec des armes ! Au Japon, les pratiquants d’arts martiaux possèdent des centres spécialisés pour le travail des armes, ce qui explique qu’il n’y en ait pas à l’Aikikai. En ce qui concerne mon enseignement, je suis obligée de laisser une part aux armes dans la mesure où dans les passages de grades elles sont présentes (pour les 3ème et 4ème Dan). Il faut donc que les gens apprennent dès le début à manier une arme de façon à pouvoir ensuite passer leur 3ème ou 4ème Dan. Sur les deux heures de cours que je donne, il y a donc une demi-heure qui est consacrée aux armes. Et je varie, entre le jo, le bokken et le tanto. Mais toutefois, je pense qu’il n’est pas forcément nécessaire de pratiquer les armes pour être très bon en aïkido !

Quels conseils donneriez-vous à un tout jeune débutant ?

Je lui conseillerais d’abord de bien apprendre les bases mais surtout d’être assidu dans sa pratique. Je trouve cela primordial : venir une fois par semaine, n’est, à mon sens, pas suffisant. Il faut venir au moins deux fois par semaine pour bien progresser et avoir une constante. Au-delà de l’apprentissage des techniques, pour les débutants, c’est la présence qui est indispensable.

Micheline Tissier © AAC

Donneriez-vous les mêmes conseils à un jeune gradé, qui vient d’avoir son premier Dan ?

Oui, si ce n’est plus ! Je lui conseillerais aussi fortement d’être présent aux stages s’il veut progresser, car s’il est facile de pratiquer avec les gens de son club, on ne sait si sa technique fonctionne que lorsque l’on se confronte à des partenaires extérieurs. Lorsque l’on est dans un stage, on ne connaît pas les gens, ces derniers peuvent pratiquer différemment (même si c’est toujours de l’aïkido), et si la technique que l’on souhaite faire ne fonctionne pas, c’est qu’il y a un problème quelque part. C’est là que l’on peut mettre sa technique à l’épreuve, il est donc très important de faire des stages.

Dans une précédente interview avec Guillaume Erard, vous mentionniez que lorsque vous êtes arrivée au Japon à quinze ans, vous avez choisi de pratiquer l’aïkido afin de pouvoir justifier votre visa. Est-ce que cet art martial vous a plu tout de suite ?

Pas du tout! (rires). C’était très rébarbatif pour moi, j’étais obligée d’y aller au moins une heure par jour pour avoir mon visa, et ça ne me plaisait pas du tout (je me faisais mal d’ailleurs). Cela ne m’a plu qu’après quelques mois, le temps que j’accroche avec le système… c’était difficile, j’étais jeune, je n’étais jamais sortie de ma province, il y avait la barrière de la langue, cela faisait beaucoup de changements !

Et maintenant, après toutes ces années de pratique, est-ce que vous avez le sentiment de pouvoir encore progresser ?

Bien sûr ! Tous les jours ! (rires).

Car d’un point de vue extérieur, c’est très impressionnant de vous voir, avec un grade de 6ème Dan…

Oui, ça peut être impressionnant, mais quand je vois les maîtres qui sont au-dessus, en 7ème ou en 8ème Dan – ne serait-ce que mon ex-mari – je me dis que j’ai encore beaucoup de choses à découvrir ! Ce n’est plus tant des choses à travailler, mais vraiment à découvrir. En aïkido, il y a la base – on l’a ou on ne l’a pas, mais théoriquement à partir d’un certain niveau, on l’a – et avec cette base on peut faire plein de choses, plein de combinaisons et d’applications. Il y a plusieurs paliers de la pratique, où on ne peut pas se douter qu’il y a des centaines d’applications possibles sur chaque technique, et ça on le découvre au fur et à mesure… c’est à l’infini !

Micheline Tissier © AAC

Est-ce qu’enseigner vous aide également à progresser ?

Tout à fait ! Je voyage beaucoup et je fais beaucoup d’aïkido dans d’autres pays, je suis donc confrontée à des gens de toute taille… et parfois, la technique que je fais habituellement avec les gens que je connais, ne passe soudainement plus du tout ! Je suis alors obligée de trouver autre chose, de dévier et de trouver de nouvelles combinaisons… cela me permet donc de progresser !

Est-ce que les pratiques sont très différentes d’un pays à l’autre ?

Oui, cela dépend des pays. Certains ont une pratique très proche de la nôtre, d’autres sont plus « durs », plus statiques. En Finlande, Suède et Norvège par exemple, la pratique est très souple et déliée, malgré la grande taille des pratiquants, ce qui est très agréable. Dans les pays de l’est, les pratiquants sont plus costauds et l’exercice plus physique, ce qui ne les empêche pas de bien travailler aussi. Et puis dans certains endroits aux Etats-Unis, la pratique est un peu plus statique… cela varie vraiment !

Et comment voyez-vous l’évolution de l’aïkido dans les trente prochaines années ?

Je ne sais pas trop… en toute honnêteté, je ne suis pas très positive, car partout dans le monde, il y a beaucoup de gens qui veulent révolutionner l’aïkido, pas sur les fondements, mais sur des principes comme la compétition par exemple. En Chine par exemple, il existe des compétitions d’aïkido qui, si elles sont certes basées sur l’esthétisme, dénaturent totalement cet art martial. Je trouve cela dommage, car c’est vraiment passer à côté de l’essentiel de l’aïkido… j’espère que cela ne se généralisera pas. J’espère aussi qu’il y aura des gens pour conserver cet art intact et enseigner l’aïkido tel qu’il est maintenant !

Micheline Tissier © AAC

Nous remercions encore Micheline Tissier Senseï pour sa patience et sa disponibilité ! Nous avons réellement apprécié son enseignement et espérons qu’elle reviendra bientôt nous dispenser ses conseils. A nous maintenant de les appliquer… prêts pour un Shiho nage ?

Crédits Photos : ©AAC, tous droits réservés

1 réflexion sur « Entretien avec Micheline Tissier »

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